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Lettre écrite à M° le maire (Alain LAGORCE), le 12 janvier 2015 par Madame DESAGES Agnès habitant le bourg de Saint Martial de Valette.


Monsieur le maire.

J’ai lu, dans le journal municipal, que vous incitiez les gens du pays à se raconter, pour assembler leurs témoignages en un livre qui serait l’histoire de Saint Martial.

C’est l’occasion pour moi d’écrire mon attachement à cette commune.

Je vous adresse donc deux feuillets qui peuvent faire l’histoire.

J’approuve ces initiatives.

J’hiberne en ce moment en région parisienne, mais réapparaîtrai dès les premiers bourgeons. J’ai tout de même passé quinze jours en famille à Noël, car je cultive ce point d’ancrage avec les miens.

J’espère que d’autres témoignages viendront enrichir l’idée d’une histoire de notre commune.

Je vous prie de croire, Monsieur le Maire, ainsi que tout le conseil municipal, en l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Je suis née à St Martial, dans la maison où j’habite actuellement, place de la boulangerie.

Cette maison est propriété de ma famille depuis plus de deux cents ans. Mes trisaïeuls possédaient aussi la maison d’en face.

Alors que j’étais âgée de quelques jours, c’est Madame DUTIN, que nous connaissons tous sous le nom de Madeleine FARGEAS, qui me pesait sur la balance de son épicerie !

J’ai mal commencé ma vie puisque j’ai été très malade à trois ans et demi, avec une broncho-pneumonie double, et à cinq ans avec le croup, forme grave de diphtérie. Dans les deux cas, des maladies très difficilement guérissables.

Si je me souviens bien de mon état critique pour la deuxième maladie, la première m’a été racontée par ma grand mère et certains habitants du bourg.

En effet, il paraît que, alors que j’étais dans le coma, ma grand-mère, croyante et pieuse, ne sachant plus à quel saint se vouer, réussit, par son charisme, à convaincre des habitants du bourg de se réunir dans l’église pour réciter une neuvaine. Et, on m’a dit que le neuvième jour, j’étais guérie !

Cela a dû sans doute frapper les esprits car tout au long de ma vie, plusieurs dames en ont témoigné.

La dernière fois, c’était il y a cinq ans environ, devant la poissonnerie d’Intermarché !!.Une personne s’est tournée vers moi :  »Vous êtes bien la petite fille de M° et Mme COLLIN ? …Oui..  »Ah, vos grands-parents, et quelle période ! me dit-elle en arborant un large sourire et en se lançant dans un portrait dithyrambique ; puis,  » quand vous avez été malade, votre grand-mère nous a réunis etc…

Je ne connais pas l’identité des personnes qui m’ont abordée, mais peut-être sont-elles parmi les jeunes filles de la chorale que dirigeait mon père en 1943 ?

J’ai une photo qui les représente devant l’église, avec papa en chef de choeur et ma future maman dans le groupe ; le nom de toutes ces jeunes filles est mentionné au dos de la photo.

Je peux la diffuser si cela intéresse certains…

J’ai toujours été attachée à St Martial. D’abord petite, puisqu’il s’agissait simplement d’obéir aux rythmes de vie familiale : les vacances scolaires.

Je n’ai aucun lien avec l’école de St Martial puisque j’habitais à Périgueux – puis en Afrique.

Quand je suis revenue en France, ma vie de lycéenne à Périgueux, puis étudiante à Bordeaux m’ont toujours ménagé des plages de repos chez mes grands-parents.

Ensuite, j’ai gardé l’habitude des vacances scolaires, pour moi, puis mes enfants, en majorité à St Martial.

Ce lien reste un point d’ancrage pour tous.

C’est au cours d’un de mes séjours, en 1983, que mon grand-père se livra à une confidence.

Alors que je dactylographiais un texte personnel, dans la chambre qui est actuellement celle de ma fille, mon grand-père me rejoignit au premier étage et me dit :  »Qu’est-ce que tu fais » ?,

-Tu vois, je tape à la machine certains de mes écrits.

-C’est le bruit de machine qui me rappelle qu’à cet endroit même, pendant la guerre, un officier allemand occupait cette chambre et passait beaucoup de temps à écrire…

Je m’arrêtai, sidérée, attendant la suite. Cette pièce avait été réquisitionnée….

Il reprit :

-Nous pensions que c’était un Alsacien. Mais les gens du bourg apprirent qu’il était allemand et voulaient le lyncher. Je les ai arrêtés à la porte en leur disant :  »d’accord, et alors, combien d’otages comme à Brantôme ? »

Mon grand-père réussit à calmer les inquiétudes des habitants tandis que  »l’officier allemand » s’enfuyait par le jardin.

Plus tard, j’allai trouver Mme DUTIN, témoin et confidente de tant de personnes à St Martial, et lui rapportai cet épisode.

Elle me répondit  »Ce n’était pas un officier allemand , mais un pasteur alsacien !!!

-Et comment le saviez-vous ?

-Parce qu’il parlait français avec un accent alsacien, et se promenait toujours avec des dossiers Bien maigres preuves…. Qui en sait davantage ?

Depuis, en examinant les archives familiales, j’ai trouvé une lettre du préfet de Périgueux qui chargeait mon grand -père, alors premier adjoint au maire de St Martial, de recenser les logements vides afin d’y accueillir des réfugiés.

Et ceci me rappelle la suite des confidences de mon grand-père.

-Un jour, des résistants sont venus me trouver en me demandant s’ils pouvaient cacher des armes dans la cave, côté rue. Je leur ai répondu : »Vous voulez faire sauter la maison ? » En effet, il y avait à ce moment là un officier allemand dans cette chambre, et des réfugiés au centre de la maison.  »Juste une nuit, affirmèrent-ils ». Ah, je n’ai pas dormi de la nuit : Dans ma maison, en même temps, un Allemand, des réfugiés, et des armes de résistant ! Mais ils ont tenu parole : le lendemain, ils sont revenus chercher leur arsenal.

Des évènements, des mystères, des confidences, des non-dits : j’ai hérité de ma famille la maison et son histoire.

Maintenant, ma vie se déroule en majeure partie de l’année à St Martial, chaque année un peu plus. Mes aïeux sont au cimetière, mes fantômes et mes fantasmes m’accompagnent dans cette maison.

Je crois que j’appartiens vraiment à St Martial.

Agnès DESAGES

 

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