Si Saint-Martial m’était conté, lettre 24

Si Saint-Martial m’était conté, lettre 24

smdv-perigord (8) Pour aller à Champagnac-de-Belair à partir de Saint-Pardoux, on passe par un pays plat, celui de Saint-Front-La-Rivière, si plat que l’on ne voit pas tout d’abord son château. Or, renseignements pris à l’entrée auprès d’un menuisier, c’est une énorme bâtisse, avec une tour imposante, qui fut construite sous Richard Coeur de Lion, avant Châlus.

Pour mieux voir la façade principale, il faut gagner la place du village, près du pigeonnier qui, on le devine, faisait partie de la propriété. Mais, à Quinsac, domine, sur la colline, le château de Vaugoubert ayant appartenu autrefois à la famille de Châtaignier. L’écrivain et journaliste Frédéric Beigbeder raconte les souvenirs qu’il en garde auprès de sa mère et de ses grands-parents.

Cependant, ce qui m’intéresse surtout, arrivée à Champagnac, c’est de longer le parc puis d’emprunter l’allée, près de l’église, de l’entrée vers la maison de la famille Barby. Jean, le père de Jules, acheta cette demeure bourgeoise en 1802 . De cet ancien propriétaire, j’ai des photos. Mais j’ai surtout le souvenir de  »tante Lucie » qui nous accueillait toujours si gentiment, des pots de confiture alignés dans sa cuisine, des jeux avec mes frères dans le parc, d’une ambiance familiale chaleureuse.

Après m’être entretenue avec les nouveaux propriétaires, je repars non sans avoir admiré, une fois de plus, les arbres multi-centenaires.

Ce n’est pas aujourd’hui que j’irai au restaurant  »Le Moulin du Roc », lieu d’un lointain repas d’anniversaire…

Je traverse tout un nouveau quartier de Champagnac, constitué de maisons individuelles mais aussi d’un immeuble collectif de trois étages qui donne à l’ensemble un petit air citadin ;

L’arrivée sur la place de la mairie de Condat-sur-Trincou est une divine surprise !

On passe entre deux énormes piles qui soutenaient un pont-levis, et on se gare discrètement pour ne pas interrompre les discussions d’un groupe de cyclistes ayant choisi de se retrouver ici pour faire une pause et se rafraîchir.

Je m’avance sur la terrasse herbue jusqu’aux contreforts de l’ancien château, puis je descends vers la seconde terrasse qui permet de découvrir une partie du chevet de l’église.

On me dit que c’est l’ancienne chapelle du château que Du Guesclin aurait repris en 1377 aux Anglais.

Dans notre  »pays », la guerre de cent ans facilite les explications, quand ce ne sont pas les récits des guerres de religion et leurs atrocités, comme à La Chapelle Faucher.

Puisque l’église est ouverte, je m’avance sous le plafond de bois brut, jusqu’à une arcade peinte qui sépare la nef du choeur.

Dans la chapelle à gauche, l’autel accueille deux anges en plâtre- dont l’un mutilé- ayant sans doute orné des chapiteaux. Ce qui m’amuse, c’est de découvrir leur visage féminin encadré de longs cheveux bouclés. Ils présentent chacun sur leur ventre un bouclier avec une pointe en croix et une énorme étoile centrale. A leurs pieds, une coquille Saint Jacques.

Je n’ose m’exprimer sur les symboles que j’aime y déceler.

Sur la chaire, à gauche de l’autel, mais derrière la grille, une bannière dédiée à Saint Etienne rappelle que cette église lui est consacrée. Mais, ma curiosité ne s’arrête pas là : je me glisse vers une pièce adjacente, où sont entreposés des sièges, qui présente une croisée d’ogives sous laquelle les murs sont peints uniquement de représentations héraldiques : deux lions encadrent l’armure d’un chevalier, tandis que six autres dessins identiques montrent deux échassiers à tête de femme- c’est une obsession !- autour de deux blasons aux armes des seigneurs fondateurs de la paroisse. A chaque angle de la pièce, en ange, encore, qui arque les bras parallèlement à ses ailes, pour mieux prendre son envol.

Alors que je m’apprête à remonter en voiture, un homme s’avance et nous parlons du village. Il me signale une curiosité dans le cimetière, et je vais y découvrir la tombe d’un homme inhumé debout : Léonard Boussarie,  »né le 30 mars 1820 au village du Petit Roc, commune de Condat de Nontron. » Sur la stèle de bronze, ornée de son portrait, on peut lire l’inscription gravée :  »Je suis persécuté par de mauvais intrigants mais je repose tranquille. »

Connaît-on plus de détails sur ce cas ? Mystère.

Je quitte ce village si pittoresque, non sans m’octroyer une dernière fois une vue générale sur l’éperon rocheux de trente mètres surmonté de ses antiques bâtisses, depuis le petit pont qui enjambe le Trincou.

Mais je ne vais pas quitter les anges pour autant, puisque, avant de regagner Saint Martial, je m’arrête devant l’église Saint-Angel, dans sa majesté et sa solitude.

Silence….contemplation…..un ange passe….

Agnès DESAGES


©Site officiel de la commune de Saint-Martial de Valette en Périgord vert - https://saint-martial-de-valette.fr

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