Si Saint-Martial m’était conté, lettre 29

Si Saint-Martial m’était conté, lettre 29

smdv-perigord (8)J’ai toujours aimé Abjat ,et je ne sais pas pourquoi.
Je vais donc revenir dans ce bourg pour essayer de comprendre.
Mais n’est-ce pas d’abord cette route divine, empruntée depuis l’église de Nontron , qui me charme éternellement ? Profond et sévère en hiver, tendre en été, le vallon s’offre à cette route pittoresque qui avale quelques tournants avant de s’assagir devant la signalisation du plan d’eau de Nouailles. Assez récemment créé, ce dernier est un centre de loisirs bien organisé. Profitant d’une petite grève près de l’étang, et de chalets sur pilotis pour l’hébergement, de Grandes Ecoles réservent en septembre, pour des week-ends d’intégration. Il suffit d’entendre des cris joyeux pour s’avancer jusqu’à voir des plongeons en duo: C’est fait pour resserrer les liens entre les étudiants. En tout cas, c’est une bonne idée pour les citadins en manque de nature, et les autochtones qui voient là de bons moyens d’égayer nos contrées.

Plus loin, à droite, une pancarte signale la propriété du Brouillaud, où ma grand-mère avait une amie. Je l’accompagnais parfois en visite dans cette maison en contrebas.

A Lavenaud, j’ai décidé de laisser momentanément la route d’Abjat pour monter à Savignac-de-Nontron.
Un cousin, notaire à Nontron, Pierre Garrigue, en fut longtemps le maire.

Je m’arrête devant une petite église pleine de charme, aux murs de pierres jointoyées, au clocher terminé par une toiture à quatre pans. Sous le porche accueillant, on a envie de pénétrer dans ce lieu de culte qui évoque plutôt un chez-soi intime. Ce village est petit et ample à la fois : Les maisons, sans prétention, ne sont pas les unes sur les autres ; l’espace alentour s’offre, immense et doux.
Je m’attarde un peu dans cette rêverie quand mon regard se porte sur une petite maison-atelier, comme sortie d’un conte de fées.
La curiosité l’emporte : Qu’y fabrique-t-on ? Des vielles. Le luthier, Philippe Mousnier, a récemment déménagé de Lussas-Nontronneau pour s’installer ici.
La porte est entrouverte. Je frappe. Un homme jeune, à la silhouette ascétique, m’invite à entrer. Il parle de son instrument.
Formé à Montluçon, il fait partie de la vingtaine de luthiers de vielles que compte la France. Il rappelle que cet instrument du Moyen-Age, que l’on voit entre les mains des troubadours, sculptés ou peints, fut un instrument liturgique, avant d’être accaparé par Vivaldi ou par Mozart, pour mieux rendre le pastoralisme de l’opéra. La période la plus faste fut le 18 ème siècle. Vendus avec les biens nationaux, ces instruments se sont retrouvés dans les campagnes, puis le 20 ème siècle s’en empara pour traduire le folklore régional.

Je suis charmée par cette rencontre, mais je n’oublie pas le but de ma promenade : Abjat.

Un peu avant, sur la droite, une indication : Aumont.
J’y suis venue parfois, dans cette belle propriété de Pierre Garrigue. Mais, ce dont je me souviens surtout, c’est du jour où, à l’entrée, ma grand-mère me fit descendre de voiture pour une leçon : Elle voulut me montrer comment identifier les arbres grâce à leurs feuilles. Comme je restais muette, elle me fit répéter, un peu agacée.
Alors que j’étais en pleine période d’adolescence, pour parfaire mon éducation, elle m’enseignait pêle-mêle les arbres, l’origine des porcelaines, les styles d’argenterie et de meubles, les forges du Bandiat…. A quinze ans, cela m’était alors indifférent. Pauvre petite qui ne savait rien de tout cela, capital à ses yeux, comment allais-je vivre ? Il était temps que je m’instruise !! Et, au final, ai-je été une bonne élève ? Une chose est sûre : J’aime les arbres.

Après quelques kilomètres dans les bois, j’arrive à Abjat.
Admirant deux belles maisons cossues, je me dirige ensuite vers l’église des XIII, XV, et XVII èmes siècles. J’ai le souvenir d’y avoir assisté à un concert.
Depuis la ”place du temps jadis”, entre puits et fontaine, je m’assois pour admirer la façade massive en pierres de granit. Le clocher octogonal se termine par une flèche en charpente.
J’entre dans cette église à deux nefs, sans transept.
A gauche, une statue de Saint Jean Baptiste, habillé de peaux de mouton et protégé d’une cape. Il tient dans sa main droite, un livre, et, dans la gauche, un morceau de la coupelle avec laquelle il baptisait. Au centre, du XVII ème siècle tout comme la statue précédente, celle de Saint André, patron de la paroisse. Plus loin, une peinture très moderne de crucifixion.
Grâce aux vitraux, contemporains, mais de belle facture, la nef principale se voile de bleu, alors que la nef secondaire se colore légèrement en jaune.
Je reviens sur un banc de la petite place.
Tandis que ce bourg semble endormi aujourd’hui, je pense aux maintes animations qui s’y déroulent régulièrement. Parmi elles, des marathons, des brocantes…. dans un esprit bon enfant.
Finalement, n’est-ce pas cela que je venais y chercher ?

Agnès DESAGES


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