Si Saint-Martial m’était conté, lettre 30

Si Saint-Martial m’était conté, lettre 30

smdv-perigord (8)Sur la route de Mareuil, comme souvent, je cherche à dénicher des endroits que je connais mal.
Avant Rudeau, je bifurque vers Beaussac.
Je reste en extase devant la beauté du château, des communs, de l’étang dans lequel il miroite.
A l’ombre des bois, dans une nature primitive, je déniche quelques crocus ! Ils se croient au printemps ! En avant ou en retard ? J’opte pour l’avenir.
A Connezac, la châtellenie est un peu isolée du village : Car c’en est un. Une construction classique, en pierre de taille, garde au fronton l’inscription  »école  », tandis qu’une petite pièce latérale fait office de mairie. C’est tellement caractéristique de nos villages de France !
Je passe mon chemin, tout en restant sur les terres d’Alain de Monëys d’Ordières, au XIX ème siècle, fils de l’ancien maire de Beaussac, et j’arrive à Hautefaye.
Aujourd’hui, il y a une messe, ce qui est rare.
Je cherche à m’imprégner des lieux, en me rappelant l’enfance, lorsque ma grand-mère me tendait une corbeille de pétales de roses que je devais jeter au passage d’une procession.
Comme j’arrive en avance, je m’entretiens avec les premières paroissiennes venues s’asseoir sur un banc, devant moi. Elles me disent que c’était pour l’Assomption, que l’on fêtait toujours un peu en retard, le dimanche suivant le 15 août.
Ce rituel marial est très ancien puisque, dans la chapelle aux fresques restaurées, je lis sur une plaque :  » En 1492, la reine Anne de Bretagne, épouse de Charles VIII, envoie en son nom et place Sire de Vaucourt au pèlerinage de Notre-Dame d’Hautefaye  ».
Voici que viennent aussi à la messe l’ancien maire et son épouse. Nous discourons sur le patrimoine religieux, le manque de prêtres, mais aussi la place grandissante des laïcs dans l’Eglise, de leur fonction si précieuse d’accompagnement dans les situations douloureuses, de l’entretien des églises, du bénévolat des serveurs d’offices religieux.
Mais, au terme de la messe, sur le parvis, je tiens à retrouver l’ancien maire et l’aborde par une question qui me taraude :  » Que pensez-vous du livre de Jean Teulé sur le drame de Hautefaye ?  » Il lève les bras au ciel :  » Il n’est même pas venu ici ; il s’est contenté des archives des tribunaux. Il n’a interrogé personne. Moi, j’ai eu le rapport oral du petit-fils d’un témoin… »
Evidemment, le romancier Jean Teulé aime ce qui est truculent, croustillant. A partir d’un fait divers, il écrit une histoire palpitante, mais qui peut devenir scandaleuse. Avec  » Mangez-le si vous voulez  », il fait du martyre de ce gentilhomme, Alain de Monëys, un culte du cannibalisme.
Ce drame du 16 août 1870 se déroula lors d’une foire.
Alain de Monëys, pris pour un espion prussien, fut lynché, torturé à mort, écartelé, brûlé. L’ultime acte de cannibalisme reste une hypothèse. Il en résulta 21 accusés ; les quatre principaux responsables furent condamnés à mort et un autre aux travaux forcés à perpétuité.
Georges Marbeck insista sur l’interprétation du bouc émissaire, en ces temps de guerre, tandis que l’historien Alain Corbin y vit la haine des paysans envers la noblesse.
 »On pouvait tout de même se contenter du récit de Georges Marbeck », ajoute le maire.
C’est aussi cette version prudente que me racontait ma grand-mère, à voix basse, afin de ne pas gêner la population du village qu’elle considérait surtout comme victime des faits, certes, et de la calomnie qui s’en est suivie.

Aujourd’hui, quand je m’ entretiens avec les gens du village, si paisibles, si aimables, si souriants, je ne peux imaginer qu’il y ait parmi eux le descendant d’un anthropophage.
Pourtant, d’après Jean Teulé, une habitante se serait délectée de la chair du jeune homme.

Après cette horrible histoire et l’image d’une ogresse, je me tourne de nouveau vers notre voisin, le troubadour Arnaud de Mareuil, témoin de l’amour courtois :
 »A la femme convient
parfaitement la beauté ;
mais ce qui l’orne le plus,
c’est le savoir et la connaissance  ».

Voilà qui devrait séduire les hommes et rassurer les femmes.
C’est sur cette note d’élégance médiévale que je vous quitte aujourd’hui.

Agnès DESAGES


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