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Les objets de mémoire – lettre 8

Les objets de mémoire (en Périgord) N° 8

Un tableau, de douceur, légèreté, tendresse. Mais son histoire n’est pas celle de l’amour.

Un jour, à Paris, au Village Suisse, nous errions parmi les antiquités. A cette époque, nous étions surtout attirés par la peinture. Tu avais déjà acheté deux petites verdures du XIX ème siècle, que tu avais fait nettoyer par un spécialiste.

C’est chez ce même marchand de tableaux que je tombai en arrêt devant une toile enserrée dans un cadre doré, romantique : deux jeunes personnes de sexe féminin dans une position langoureuse. Mère et fille ? Deux sœurs ? Deux amies ? Il n’y a guère de différence d’âge entre elles. Je n’arrivais pas à détacher mon regard de ces deux êtres rêveurs, dans l’attente, de qui ? depuis quand ?

-Si j’étais une femme, j’aimerais ce tableau, me dis-tu. Que devais-je comprendre ? Quelle sensibilité devrait me toucher plus qu’un homme ? Est-ce le sujet éternel de la femme attendant son mari, une Pénélope amoureuse, ou déçue, songeant à l’amoureux idéal qu’elle n’a pas encore ?

Le décor est celui d’un théâtre médiéval. La croisée est ouverte. Nous sommes à la fin du XVIII ème siècle comme en témoignent les robes des femmes.

Le tableau fut exposé à Paris en 1900. La plus âgée des deux ferme le haut de son corsage, à la naissance du décolleté, par une fleur. « Faire Catleya », comme disait Proust, me revient à l’esprit. Elle est assise dans un fauteuil à haut dossier. Elle ne sourit pas. Une jeune fille, par terre, à son côté, enserre son bras gauche et penche la tête contre sa poitrine. Elle ne sourit pas non plus. Où vont leurs rêves ? Leur désir commun ? Ou leur peine mutuelle ? Derrière elles, le décor s’estompe. Nulle trace de tapisserie ou broderie en cours, mais un chevalet supportant une toile aux traits indécis, témoigne de l’activité habituelle de l’une ou de l’autre.

Ce que j’aime dans ce tableau : Le mystère, la douceur et cette chaleureuse complicité féminine dans l’attente et le silence, au diapason de leurs pensées.

Lorsque je le vis, dans un magasin éphémère à Lacanau, genre « décoration du bout du monde » , ce fut littéralement un coup de foudre : Je rougis, je devins muette. Puis, je désignai du doigt la statue au vendeur.

Pas grande valeur marchande puisqu’elle n’est pas en bronze : C’est seulement de l’imitation. En outre, ce n’est pas une pièce unique : Elle est faite en série dans un pays asiatique.

Pourtant, le sujet me séduisit : Une femme, dans une nudité pudique par sa jambe repliée.

Son visage interroge : Si on le scrute, on devinerait des arcades sourcilières égyptiennes, un nez un peu aplati comme chez certaines peuplades d’Asie, des cheveux légèrement crépus mais ramenés en catogan. Mais son corps d’Européenne est long, sa taille fine et sa poitrine menue : Une femme universelle en quelque sorte.

Reste la posture : la tête légèrement inclinée repose sur une main. Un « penseur de Rodin » version féminine.

Cette femme de tout temps et d’ailleurs m’accompagne dans une vision quotidienne de la vie.

Agnès DESAGES

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